Brother Paddy, voyage au bout du monde

À l'âge de sept ans, j'ai été envoyé au pensionnat à 500 miles de la maison. Maman appelait cela au bout de monde. C’était dans les montagnes d’Usambara dans le nord de la Tanzanie. L’école était tenue par des prêtres catholiques romains et était située à 4 500m au-dessus du niveau de la mer. Pour y arriver, il fallait prendre un chemin très escarpé et poussiéreux qui était à 10 miles de la route goudronnée la plus proche de Mombo.

 

Le village le plus près de l’école était Soni et la plus grande ville était Lushoto qui s’étalait sur 10 miles de route cahoteuse à travers les plus magnifiques paysages africains. La région était luxuriante et regorgeait de toutes sortes de variétés sauvages telles que les orchidées et les violettes africaines.

 

Après quelque temps, ma mère m’écrivit pour me dire qu’elle avait entrepris une communication avec un frère nommé Paddy MacNamara qui habitait à la Mission Gare à proximité de Lushoto. Le frère en question rassemblait des orchidées et des violettes sauvages. Maman avait donc entrepris de lui rendre visite. 

Elle disait qu’elle allait venir me voir du même coup et qu’elle allait être accompagnée par tante Lu, la soeur de maman. Tante Lu était renommée comme experte en orchidées. Ma mère m’expliqua que nous allions faire un tour dans la jungle avec le frère Paddy. J’ai été enchanté par l’idée de cette balade, non pas par intérêt pour les plantes, mais parce que les visites étaient rares étant donné que le trajet de la maison à la pension demandait deux jours.

Photo ci-contre : Madame Mather (droite) et sa soeur Lu


Le samedi, en compagnie de ma mère, ma tante Lu et son aide-jardinier africain, nous mous rendons à l’Hôtel Soni pour le diner. Nous n’avons eu droit qu’à un peu de pain et à un bol de soupe. Comme il avait plu abondamment, les routes étaient impraticables pour les camions qui apportaient la nourriture. Je me souviens que maman n’avait pas été très impressionnée par leur soupe, mais elle était tellement excitée à l’idée de rencontrer le frère Paddy que le manque de nourriture devenait secondaire. Après le repas, nous nous sommes mis en route pour la Mission Gare. En principe, le trajet aurait dû prendre une heure, mais à chaque demi-mile, maman insistait pour arrêter, prétextant qu’elle avait peut-être découvert un nouveau spécimen.

 

Finalement, nous sommes parvenues jusqu’à la Mission et avons pris le frère Paddy pour nous diriger vers la vraie jungle. Durant les trois heures qui suivirent, nous sommes restés coincés de nombreuses fois dans la boue, toujours s’enfonçant davantage dans cette jungle épaisse. Heureusement, les habitants de la région venaient nous aider à sortir de ce bourbier. Mais cela ne perturba en rien maman parce qu’à chaque arrêt, elle y trouvait une occasion d’aller fouiller dans les grands feuillages avoisinants. La soirée s’est terminée avec tante Lu et Paddy et une bonne bouteille de Brandy.

 

Le lendemain matin, le frère Paddy nous offrit le petit déjeuner et nous sommes repartis aussitôt pour un endroit qu’il avait nommé, « Le bout du monde ». Nous lui avons demandé pourquoi il appelait cet endroit comme ça. Je n’oublierai jamais sa réponse, « Si vous oublier de freiner, alors ça l’est! » Après plusieurs arrêts forcés et de nouveaux spécimens en mains, nous avons finalement rejoint ce bout du monde. C’était une route de terre très étroite, à une voie seulement et si vous ne saviez pas quand vous arrêter, alors vous risquiez de dévaler une falaise de 2 000’. Mais la vue imprenable en valait la peine. C’était spectaculaire! Maman repéra un spécimen intéressant sur le rebord de la falaise. L’assistant-jardinier de tante Lu se mit en quête d’aller le chercher avec l’aide du frère Paddy qui lui tenait les jambes pour éviter qu’il ne glisse plus bas. Ce fut pour moi la partie la plus excitante du weekend.

 

Charles Mather