L'aventure d'un livre

SUGGESTION DES LECTEURS, AMIS ET PROCHES

Après la sortie du livre 'Saintpaulia, l'histoire et les origines de la violette africaine', plusieurs amis et proches du milieu des violettes m'ont demandé de raconter quelques anecdotes sur les péripéties de mes recherches. Quelques-uns d'entre eux ont trouvé tellement intéressant certains événements qu'ils ont fini par me suggérer d'écrire un livre sur 'L'aventure du livre Saintpaulia'. Ce fut sans aucun doute une des aventures les plus passionnantes dans ma vie qui a duré 14 ans, mais comme tout bon projet qui se respecte, il y eut aussi des moments pénibles et des rencontres désagréables. C'est pourquoi j'ai opté pour un article plutôt qu'un livre, où je pourrai me permettre de relater seulement quelques-uns des bons moments, laissant ainsi les mauvais aux oubliettes.

 

1992, LÀ OÙ TOUT A COMMENCÉ

C'est en 1992 que ma passion pour les violettes a débuté. Au cours de la deuxième année, je fais l'acquisition de ma première violette africaine rampante, 'Cherokee Trail', ainsi que de ma toute première espèce, S. pendula. Littéralement envoûtée par les variétés rampantes et les espèces, j'ai cherché tant bien que mal à l'époque, de l'information sur ces deux types de plantes, mais sans succès. Très peu de membres dans les clubs d'amateurs de violettes cultivaient ces plantes à l'allure sauvage. N'ayant aucune référence sur laquelle me baser pour parfaire ma culture de ces plantes, j'ai décidé de me mettre à l'écriture d'un livre sur le sujet. L'écriture étant ma première passion, je n'ai pas vraiment éprouvé de difficulté à me mettre au travail.

 

Au tout début, le livre devait porter uniquement sur les violettes africaines rampantes. Un peu plus tard, quand dans mon club local ma passion pour les plantes sauvages se fit sentir, on me demanda de présenter une conférence sur les espèces du genre Saintpaulia. Ce que je fis avec empressement. Mes premières recherches pour cette présentation furent pour le moins surprenantes. Suffisamment pour déclencher chez moi une nouvelle passion, celle de l'Afrique. Au cours de ces toutes premières recherches, je réalise que les variétés de violettes africaines rampantes sont beaucoup plus proches de leurs ancêtres que tous autres hybrides connus à ce jour. C'est à ce moment que je prends la décision d'inclure dans mon livre, un chapitre dédié entièrement à ces plantes magnifiques provenant d'un pays aux terres de sang, qui renferme des trésors encore inconnus à ce jour et qui malheureusement, n'auront pas le temps d'être découverts à la vitesse où l'homme détruit tout sur son passage.

 

LE DÉBUT DES RECHERCHES

Le début de mes recherches fut pour le moins ardu, n'ayant pas en ma possession d'ordinateur. Les quelques fouilles sur Internet que je pouvais faire sur le lieu de mon travail ne donnèrent pas grand-chose. Les toutes premières correspondances furent faites par la poste régulière. Vous pouvez vous imaginer à quelle vitesse j'avançais. De véritables pas de tortue. Sur une bonne dizaine de lettres envoyées un peu partout dans le monde, je ne reçus qu'une seule réponse provenant d'un organisme qui oeuvrait pour la protection de l'environnement en Afrique. Je ne reçus qu'une copie de leur publication et une lettre très courte exprimant leur intérêt pour mon projet de livre. Voyant une porte s'ouvrir enfin, je répondis à leur lettre en leur demandant plus d'information sur la composition des terres d'origine de la violette africaine et sur les causes de la déforestation en Afrique ainsi que la portée sur l'environnement. Malheureusement, je n'eus aucune autre correspondance avec cet organisme. Au cours de mes recherches, je m'aperçus rapidement que je venais de toucher un point sensible et probablement un sujet tabou, même chez les organismes voués à la protection de cet environnement si fragile. Mais cela ne perturba en rien ma passion pour l'écriture et les fouilles. Bien au contraire!

 

APRÈS 4 ANNÉES, DES RECHERCHES ENFIN FRUCTUEUSES

Durant la deuxième année de recherche, je fis l'acquisition de mon premier ordinateur. Il me fallut encore deux autres années avant de tomber sur le tout premier contact sérieux au Kenya, le Pr D.U. Bellstedt qui me mit en contact par la suite avec le Dr B. Bytebier. Après quatre années de recherches infructueuses, l'aventure débutait enfin pour de bon. Les réponses à mes nombreuses questions, des documents ainsi que d'autres contacts fournis par le Dr Bytebier me donnèrent enfin quelque chose pour bien démarrer mon projet de livre. De mon côté, je continuais à chercher où je pouvais des informations sur les terres d'origines de la violette ainsi que les causes de la déforestation et l'impact que cela a sur l'environnement naturel de notre petite plante favorite. Une fois de plus, je finis par tomber sur de la documentation qui fit avancer mes travaux. Je découvris avec stupeur que la plante la plus vendue au monde avait été ajoutée, en 1986 par l'Union internationale pour la conservation de la nature et des ressources naturelles, à la liste des 12 espèces végétales les plus menacées de notre planète. Comment une plante aussi robuste qui figure sur le plus haut palmarès des ventes pouvait bien se retrouver dans une situation aussi précaire? Raison de plus pour continuer mes recherches et donner un nouveau mandat à mon livre. Celui de sensibiliser les gens à l'urgence de cultiver ces plantes sauvages pour leur survie.

 

MES PREMIERS CONTACTS SÉRIEUX

L'un des premiers contacts que le Dr Bytebier me donna fut aussi l'un des plus emballants. Il s'agissait de M. Füllert, l'arrière-petit-fils du baron Walter von St Paul. Suite au premier contact avec M. W. Füllert, je reçus une charmante lettre écrite de la main de sa fille, Petra. Puisque son père, M. Füllert ne s'exprime qu'en allemand, Petra accepta de faire la transcription de la correspondance entre son père et moi. Cette première lettre était accompagnée des archives de la famille St Paul. Vous imaginez mon excitation quand j'ouvris cette grande enveloppe en provenance d'Allemagne. Des photos du baron ainsi que plusieurs autres documents d'archives. Un 'hic' cependant, les archives de la famille étaient en allemand. Il fallut donc que je trouve quelqu'un pour m'aider dans la traduction de ces documents. Ce qui fut relativement facile malgré le défi. Un ami d'un ami d'origine allemande se fit un plaisir d'effectuer cette traduction. En fait, presque tout le cheminement des recherches de ce livre qui dura 14 années, comme je l'ai mentionné plus tôt, s'est déroulé avec une facilité déconcertante, comme le Dr Jeff Smith en fera également la remarque quelques années plus tard. Le Dr Smith fut aussi l'un de mes contacts les plus importants. Sa gentillesse, sa patience, l'intérêt qu'il porta au projet ainsi que le temps qu'il consacra à répondre à toutes mes interrogations furent appréciés à sa juste valeur. Le jour où je lui demandai s'il voulait écrire le mot sur la couverture du dos du livre, sa réponse me surprit grandement. Non pas le fait qu'il accepte, mais plutôt la manière dont il accepta. Sa réponse fut d'une grande humilité et même déconcertante. Il me dit à quel point il était touché que j'aie pensé à lui pour écrire ce mot et qu'il acceptât avec joie. Je me souviens encore du sentiment que j'ai eu en lisant son mot. J'ai même dû relire sa note plusieurs fois pour réaliser ce qu'il disait. Je me suis dit : “Touché, il est touché... mais de quoi il parle? C'est moi qui suis touchée qu'il accepte ma demande. Après tout, c'est lui qui est connu et respecté dans le milieu, tandis que moi, je ne suis encore qu'une parfaite inconnue pour beaucoup.” De plus, avec tout le temps qu'il m'avait accordé durant les quatre bonnes dernières années de mes recherches, j'étais extrêmement touchée par son humilité et sa gentillesse.

 

L'AVENTURE AUTOUR DU MONDE VIA INTERNET

Mes recherches m'ont amenée à voyager presque partout dans le monde par l'entremise de l'Internet.

Afrique du Sud, Allemagne, Chine, États-Unis, Japon, Kenya, Norvège, Pérou, Suède, Suisse, Tanzanie. Que de rencontres passionnantes! Des gens qui ont accepté avec gentillesse et empressement de me fournir la documentation dont j'avais besoin et de me donner la permission d'utiliser leurs photos.

 

LE CONTACT TANT RECHERCHÉ

Je me souviens de l'une de ces rencontres toutes particulières avec Dre Charlotte Lindqvist. Cela m'a pris 2 ans avant de pouvoir la joindre. Dans un premier temps, je fis appel au Dr Smith pour savoir s'il avait une adresse électronique la concernant. Je savais déjà qu'il avait dû la côtoyer dans le passé. Il me dit qu'il avait perdu sa trace quelques années auparavant. Le Dre Lindqvist est l'une des personnes ayant apporté sa contribution sur l'étude génétique concernant la nouvelle classification des espèces du genre Saintpaulia. Chaque moment que j'avais de libre, je tapais son nom sur Internet pour essayer de trouve un endroit où lui envoyer un courriel. Mais chaque fois, on aurait dit qu'elle avait une longueur d'avance sur moi. Puis un jour, sur un site de l'université d'Oslo, je vis sa photo et la date correspondait à l'année en cours, soit 2007. Je lui envoyai un message et deux jours plus tard, j'avais enfin une réponse. Tout aussi enthousiasme que moi avec le projet du livre, elle m'offre de m'envoyer de la documentation et me permet d'utiliser sa fameuse photo de S. pusilla. Ce fut un des plus agréables échanges que j'ai eus.

 

D'AUTRES RENCONTRES FASCINANTES

L'échange avec le Dr Svein T. Baatvik, Directorate for Nature Management, Norway, fut extrêmement courtois et plaisant. Il me fournit de la documentation spécifique sur l'espèce S. goetzeana et me donna aussi la permission d'utiliser plusieurs de ses photos de l'espère en question. Quand j'ai pris la décision d'inclure dans le livre un chapitre consacré entièrement aux espèces de ce genre, je pouvais difficilement imaginer publier un livre sur ce sujet sans photo, représentant ces plantes sauvages dans leur environnement naturel. C'était pour moi primordial afin de pouvoir montrer au grand public l'importance d'agir pour la sauvegarde de cet environnement en péril. Le Dr Baatvik est l'un de ceux qui avaient bien compris l'enjeu.

 

L'INSPIRATION QUI ME DONNA DES AILES

Vers le début de l'année 2007, les correspondances avec le Dr Smith commencèrent à être plus assidues. Il m'envoya plusieurs de ses notes personnelles au sujet des espèces et de l'histoire de celles-ci. Pami cette documentation se trouvaient des précisions sur les collections Mather et Uppsala. Je fus stupéfaite à la lecture de l'histoire de cette dame nommée Sylva Mather, de Nairobi au Kenya. Les plantes de sa collection avaient été rassemblées personnellement par madame Mather, ou soit obtenues d'autres collectionneurs ou amateurs en Afrique. Quelques-unes ont aussi été obtenues par échange avec le Royal Botanical Gardens à Kew.

 

Le premier but de madame Mather était de maintenir une collection des espèces de ce genre la plus complète possible. Elle était très consciente du rôle de conservation que les collections apportent ainsi que la position précaire dans laquelle se trouvent les espèces du genre Saintpaulia à cause de l'empiètement sur leur habitat naturel.

 

Dans un article écrit par madame Mather dans l'AVM 'Saintpaulia Species In Jeopardy', (May June, 1987, p.30-31), on pouvait lire ceci :

 

“(...) Le but de cet article est non seulement de vous parler de la situation présente des espèces sauvages, mais de vous inciter fortement à les garder là-bas et ailleurs, et de faire tout votre possible pour encourager les autres à les cultiver aussi. Bientôt, il ne restera plus de ces trésors que celles qui sont cultivées partout à travers le monde entier dans les collections privées, les jardins botaniques, et dans le peu de pépinières commerciales qui en font la vente. Aussi triste que cette réflexion puisse être, au moins elles seront conservées pour la postérité pour éviter qu'elles ne deviennent complètement éteintes et perdues à jamais.

 

Je me rappelle immédiatement les arguments que j'avais employés avec un contact au tout début de mes recherches. Cette personne me disait que tout se joue uniquement sur le terrain. Que même avec tous les efforts déployés, quelqu'un comme moi n'arriverait jamais à faire la différence dans la sauvegarde de ces plantes seulement en les cultivant sur le rebord des fenêtres de l'autre côté de la planète. Ce à quoi je rétorque avec déjà beaucoup de conviction à l'époque, même si je n'étais qu'une novice dans le milieu : “Lorsque les hommes qui possèdent le pouvoir de conserver ou de détruite ces forêts auront finalement achevé leurs destructions massives, ceux qui auront travaillé d'arrache-pied sur le terrain comme vous pour la sauvegarde de ces espaces inestimables, seront probablement contents de savoir qu'il reste encore de ces plantes sauvages sur le rebord des fenêtres, quelque part sur la planète.” Mes paroles, sans doute crues aux oreilles de ce monsieur, auront eu pour effet de lui faire changer sa façon de voir les choses, puisque deux jours plus tard, il m'écrivit à nouveau pour me dire que mes arguments lui avaient fait réaliser une chose. Que peu importe l'effort fourni, il demeure essentiel à la survie de ces magnifiques plantes en danger.

 

L'analogie entre les commentaires de madame Mather et les miens dix ans plus tard provoqua en moi une énergie et un enthousiasme incroyables pour continuer mes recherches afin d'achever ce livre. La similitude entre ses commentaires et les miens fut pour moi une étrange coïncidence. Tout au long de mes travaux, j'ai bien sûr fait face à certains commentaires négatifs qui m'encourageaient plutôt à laisser tomber simplement à cause de certains refus ou de correspondances restées sans réponse. C'était pour moi un signe. Une dame dont j'ignorais jusqu'alors l'existence s'était battue avec les mêmes arguments pour la sauvegarde de cette petite plante. Malheureusement, dans les notes du Dr Smith, il était mentionné que madame Mather avait perdu la vie dans un tragique accident de voiture en 1992, soit la même année où je commence à m'intéresser aux espèces du genre Saintpaulia. Ce fut la deuxième étrange coïncidence dans cette histoire. Madame Mather devint sans le savoir, une sorte de mentor pour moi et pour mon livre.

 

LA TOUCHE FINALE

J'étais sur le point d'envoyer le livre sous les presses quand je réalise soudainement qu'il me fallait absolument une photo de cette grande dame dans mon livre. Je fis donc retarder l'impression et me remis à mes fouilles. J'ai contacté le Dr Smith pour lui demander s'il avait, par hasard, une photo de madame Mather ou s'il connaissait quelqu'un qui devait en avoir une. Il me dit que la seule personne qui devait avoir cette précieuse photo devait n’être nulle autre que madame Robertson à qui l'on donna également le nom à une espèce de ce genre. Madame Robertson et madame Mather étaient de grandes amies. Je pris donc contact avec le National Museum of Kenya pour essayer de mettre la main sur madame Robertson, du moins pour trouver une adresse quelconque. Ce que je réussis à avoir. J'envoyai une lettre à madame Robertson lui expliquant ma requête. Après plusieurs semaines sans nouvelle, je repris contact avec le National Museum of Kenya pour tenter d'avoir un numéro de téléphone. Ce qui fut un succès. Il y a des moments dans la vie où l'on n'a pas le choix de croire que ce que l'on appelle la 'providence' existe bien. Le jour où je contactai madame Robertson par téléphone, elle me dit que les filles de madame Mather étaient justement en vacance chez elle et qu'elle leur avait déjà remis ma lettre. Les filles de madame Mather avaient promis de me contacter dès leur retour en Chine. Un autre moment fort de ces 14 années de travail et de fouilles. C'était ici la troisième coïncidence étrange. Alors que j'ignorais totalement si madame Mather avait des enfants, combien de chance y avait-il pour que je tombe sur deux d'entres-elles lors d'un appel téléphonique chez une de ces amies au Kenya?

 

À peine quelques jours plus tard, les filles de madame Mather, Annie et Caroline, m'envoyaient deux magnifiques photos de leur mère. L'une prise dans leur maison et l'autre au Royal Botanical Gardens à Kew. Ce fut un moment rempli d'émotions de pouvoir enfin mettre un visage sur cette dame qui m'avait donné des ailes pour achever mon livre. L'ajout de l'une de ces deux photos de madame Mather fut la dernière touche magique apportée à mon livre après toutes ces années de travail. Après toutes ces coïncidences étranges, je ne pouvais que dédicacer mon livre à cette dame qui fut pour moi une véritable inspiration.

 

LA TRACUDTION DU LIVRE

Une fois le livre publié en français, j'eus encore la chance inouïe d'être entourée une fois de plus par des personnes de qualité qui ont su me supporter dans ce long cheminement de la traduction du livre en anglais. Il aura fallu près de 2 ans de travail pour produire cette nouvelle version. Je tiens à remercier ici ces personnes sans qui cette deuxième portion du projet n'aurait vue le jour. Monique Laviolette, qui m'a prodigué sans limites ses encouragements surtout dans les moments les plus pénibles, et Barbara Thorpe, qui a su apporter une touche de délicatesse dans tout ce processus.

 

Francine Pilon

Auteure du livre

Saintpaulia, l'histoire et les origines de la violette africaine